23/11/2018

Effondrement(s)

On a pu assister de nos canapés (jeudi 22.11.18, France 2, "L'émission politique") à l'effondrement d'une personnalité marquante de l'évolution de notre perception de l'environnement. Nicolas Hulot nous aura emmené, dès 1998 en une quarantaine d'émissions d’Ushuaïa Nature, dans les recoins les plus attractifs du globe. L'opération, séduisant un très large public, gonflât en chaîne TV dédiée, production de DVD et "produits dérivés" divers. Nicolas Hulot devint le porte-parole, très populaire, de l'écologie souriante. Il était sincère, comme il l'est certainement encore, dans ses efforts de vulgarisation d'une cause qui aurait dû être commune.

 Alors il a voulu franchir des étapes, allant se frotter à l'écologie militante, puis, finalement, à l'écologie politique. Et là, sa spontanéité, son parlé vrai, sa juste perception de l'urgence face aux agressions humaines contre le cadre naturel, n'ont pas passé. Parce que les dirigeants, dans notre société toujours dramatiquement industrielle, sont vitrifiés par le dogme de "la croissance", à tous prix. Et Nicolas Hulot, promu "Ministre de la transition écologique" (sic) dans ce gouvernement français un peu bizarre, n'a pas tenu le coup; il a démissionné, qui plus est en live, devant les caméras de la TV.

 Ce geste, théâtral autant que spontané, nous le rend d'autant plus sympathique, parce qu'il est homme de réflexion, mais qui ne peut masquer ses sentiments et impressions. Tranchant drastiquement avec ces figures marmoréennes des ministres en cour. Subrepticement, il évoque les voies à ne pas suivre, du pessimisme, du renoncement, du cynisme. Parce que certainement, elles le taraudent. Parce que si elles s'imposent, on ne sait à quoi elles conduiront. Il y a un ouvrage assez glaçant sur l'éventuel futur de temps apocalyptiques, c'est "L'histoire du Général Dann", de Doris Lessing.

 Dès sa parution, j'ai, à portée de main, comme le Troisième Testament, l'essai marquant de Jared Diamond : "Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition et de leur survie". Là, on n'est pas dans la littérature, mais dans la froide, clinique, analyse de sociétés qui, à travers les siècles, se sont sabordées, par une mauvaise gestion de leurs ressources. Et les exemples ne manquent pas. Celui, caricatural, du type qui abattit le dernier arbre de l’lle de Pâques : plus de matière pour les canots indispensables au ravitaillement.

 Alors que l'on croyait être entrés dans une société postindustrielle supposée moins vorace, on produit par centaines, par milliers, robots, Smartphones, TV et autres objets connectés, et des voitures électriques - qui seront toujours des véhicules consommant de l'énergie - à l'obsolescence astucieusement programmée. Le gaspillage des ressources n'a jamais été si flagrant, comme le sont les retombées de nos activités.

 L'effondrement de notre modèle de civilisation, quasi mondialisé, semble inéluctable. Question de temps ; l’idiot du village rétorquera « On s’en fout, on n’est pas pressés ! ».

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Commentaires

Il met en avant les pressions des lobbys non? Comme partout dans le monde c'est eux qui font la loi aujourd'hui, avec les mafias internationales! A quoi servent encore nos gouvernements???? Avec près de 94% d'addictes de l'iphones on peut en effet se dire que le pire est là devant!

Écrit par : Dominique Degoumois | 23/11/2018

Bonjour Monsieur Meige

Un peu d'eau à votre moulin...

https://cine.search.ch/thalwil/welcome-to-sodom.fr.html

A croire que c'est toujours les mêmes qui ramassent...

Écrit par : absolom | 24/11/2018

Bonjour et merci de votre communication. Oui, des images apocalyptiques, il y en a déjà de présentes un peu au-delà de notre étroit horizon. On ne sait à quel moment ces populations se révolteront, et à juste titre, avec ou sans gilets jaunes.

Écrit par : Roland Meige | 24/11/2018

"il a démissionné, qui plus est en live, devant les caméras de la TV."
Non, il a démissioné sur franceinter, pas devant les caméras. Même s'il a été effectivement filmé, mais vidéo disponible sur le net, pas à la télévison.
Je ne vois pas ce qu'avaient d'"écologiques" ses émissions à l'autre bout de la Terre. Si ce n'est de les polluer. Un boycott aurait été plus écologique, comme le boycott de la télévision elle-même.

Notre civilisation repose entièrement sur le pétrole, nous sommes drogués au pétrole, la pullulation de notre espèce a été rendue possible par le pétrole, source d'énergie encore abondante et bon marché. PERSONNE n'ose évoquer la décroissance et en tout premier lieu la décroissance de la population. Je me fais généralement censurer quand j'en parle. Puis décroissance économique. Mais PERSONNE n'est prêt à renoncer à son confort, à ses voyages ou déplacements. Et le pétrole est un ingrédient indispensable pour faire la guerre. (Qu'on se rappelle la révolte des marins allemands en 1918 qui en étaient encore au charbon face à la marine anglaise au pétrole...) Pour faire la guerre, pour les avions et pour l'agriculture. Le système va s'effondrer lorsque le litre de pétrole sera à 10 Francs le litre ou plus. Actuellement le prix du litre de pétrole est de 32 centimes (et en France moins de 0,30 € le cochon de payant de chauffeur pour le prix des taxes n'a même pas les autoroutes gratuites...). Pour comprendre à quoi sert le pétrole:
jancovici .com

Il est pour le nucléaire, ce qui démontre qu'il est aussi limité de ce côté-là (proposons de construire une poubelle nucléaire près de son logement et on verra comment il réagira). Et pas seulement ce côté-là. Et il n'a pas compris que tout le pétrole, tout le gaz et tout le charbon qui pourront être extraits du sous-sol le seront et seront consommés. Le changement climatique est seulement là pour faire passer les gilets jaunes (comprendre ceux qui n'ont rien ou pas grand chose - ceux qui ne sont rien comme disait l'autre...) à la caisse. Tout ça que l'élite n'aura pas à casquer, mais qui au contraire pourra continuer à s'empiffrer comme un vulgaire Ghosn.

Au 18ème, c'était les pénuries de pain qui déclenchaient les révolutions, aujourd'hui ce sont les pénuries de pétrole. Les gilets jaunes ne doivent rien lâcher.

Écrit par : Daniel | 26/11/2018

Tout d'abord, bonjour tout de même, malgré votre grosse colère ! Effectivement, M. Hulot n'a pas démissionné devant les caméras TV. Mais il l'a fait publiquement, et on l'a su tout de suite, partout.
Ushaïa Nature a eu un rôle de sensibilisation du grand public vis-à-vis de la fragilité de l'environnement, c'était, déjà, une étape importante.
Quant au reste, je suis globalement d'accord avec vous. Et ce que nous pourrions faire, vous et moi, tout de suite, c'est de débrancher nos ordinateurs, ne plus bloguer, ne plus suivre les médias, ne plus nous déplacer, nous chauffer, etc. etc. Oui, la décroissance...Comment, par quel bout commencer ?...

Écrit par : Roland Meige | 26/11/2018

Je ne partage pas le pessimisme ambiant. Et je recommande la lecture des ouvrages de Jeremy Rifkin, ou ses conférences bluffantes, qui donnent des pistes pour un avenir technologique maîtrisé, au service de l'humain, qui permet de corriger ce qui doit l'être rapidement pour sauver le seul environnement dans lequel nous pouvons vivre, la Terre.
https://www.youtube.com/watch?time_continue=26&v=TUVeg-x9Za4

Écrit par : Pierre Jenni | 26/11/2018

@ Pierre: Rifkin et Bakounine, c'est compatible?

Écrit par : Mario Jelmini | 26/11/2018

J'aime bien le coup de gueule de Daniel. Je partage entièrement son avis sur le fond: la décroissance. Mais par où commencer? La décroissance chez nous si les USA, la Russie et la Chine (pour ne citer que ces trois mastodontes) ne jouent pas le jeu, c'est nous condamner nous-mêmes. Il faut donc commencer par un traité international sur la décroissance, un traité qui serait déclaré et reconnu de droit impératif pour tous les États de la planète. Avec, pour seule exception, la Suisse qui pourrait poursuivre sa politique de croissance au motif que son droit interne l'emporte sur le droit international.
C'était probablement ça, l'idée de l'initiative de l'UDC! Et moi qui n'y ai rien compris... Bravo à ceux qui avaient tout compris! J'avoue que c'était trop futé pour moi.

Écrit par : Mario Jelmini | 26/11/2018

"Parce que les dirigeants, dans notre société toujours dramatiquement industrielle, sont vitrifiés par le dogme de "la croissance", à tous prix. " (Roland Meige)

Si je puis me permettre ...

... par le dogme ... de la justification de la redistribution d'argent public, en espérant que celle ci sera constatée comme un enrichissement d'un certain capital national par des observateurs extérieurs.

Écrit par : Chuck Jones | 26/11/2018

Mieux que compatible, complémentaire.
L'horizontalité s'impose d'elle-même. Si Bakounine pouvait revenir, il s'éclaterait à fond.

Écrit par : Pierre Jenni | 26/11/2018

Oui ! J'effleurais le thème dans mon article du 30.10.18 page 2 TdG "A Genève et ailleurs, pour un bâti de qualité":
https://epaper.tdg.ch/#article/500/Tribune%20de%20Gen%C3%A8ve%20/2018-10-30/2/86304625

Mais voir surtout Patrimoine Suisse 3/2018 :
https://issuu.com/heimatschutz/docs/heimatschutz_patrimoine_3-2018

Les votations à venir sur les révisions LAT - Loi sur l'aménagement du territoire et LPP - Loi sur la protection du paysage seront indicatives de la perception que le peuple suisse se fait de son environnement. Je m'exprimerai en temps opportun sur "Territoire et fédéralisme"- un papier est dans le pipeline...

Écrit par : Roland Meige | 26/11/2018

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